Démarches et pratiques
La dimension spatiale du métabolisme francilienLe métabolisme d’un territoire repose sur des aménagements, des infrastructures, des lieux, des équipements répartis dans l’espace, lesquels structurent les volumes ou les quantités de produits et de ressources (eau, énergie, déchets, matériaux…) nécessaires au fonctionnement des activités et des modes de vie de ce territoire. Cette dimension spatiale est essentielle mais méconnue, relativement peu étudiée et peu mise en évidence dans le débat public et dans les politiques territoriales.
Dans ce contexte, L’Institut Paris Region a mené une étude visant à mieux apprécier la dimension spatiale du métabolisme francilien.
Plus de 15 000 hectares dévolus aux activités dites métaboliques (eau, énergie, matériaux et déchets
En Île-de-France, en cumulant l’ensemble des activités et infrastructures associées aux déchets, à l’énergie, aux matériaux et à l’eau, ce sont près de 20 600 hectares qui sont mobilisés pour et par le métabolisme régional. Cela est à la fois peu (moins de 2 % de la surface francilienne) et beaucoup (près de deux fois la surface de Paris, soit 28 500 terrains de football). L’analyse des doubles comptes (cohabitations et superpositions de périmètres) conduit à une estimation de 15 700 hectares effectivement mobilisés par les communes pour faire fonctionner quotidiennement la région.
Entre dispersion et polarisation
Au-delà de cet inventaire, les espaces du métabolisme francilien dessinent une géographie la fois diffuse (nombreux lieux de taille modeste comme les châteaux d’eau, les stations-service, les déchetteries, les postes gaz) et polarisée (un nombre restreint de communes dédient jusqu’à 20 voire 40 % de leur périmètre à ces activités). Trois secteurs ressortent : le secteur de Montereau-Fault-Yonne prolongé à l’ouest vers la Bassée ; celui de Seine aval à partir du port de Nanterre à l’ouest jusqu’aux Mureaux, à l’est également le long de la Seine ; et enfin le nord-ouest de la Seine-et-Marne à partir de Villeparisis et de Vaujours à l’ouest, jusqu’aux boucles de la Marne. Au-delà de ces « hauts lieux », une dizaine d’intercommunalités jouent un rôle majeur dans le fonctionnement métabolique francilien en dédiant entre 3 et 6 % de leur périmètre à ces activités. À l’échelle communale, la concentration est encore plus saisissante : dix communes rassemblent 20 % des emprises régionales. Trente communes en concentrent 40 %. Alors que certaines communes dédient parfois 10 % à plus de 40 % de leur surface à ces activités, près de 1 000 communes sont peu concernées. Cette répartition souligne les enjeux de polycentrisme, d’équilibre des fonctions et de relations entre territoires « servants » et territoires « servis ».
Hétérogénéité des espaces du métabolisme francilien
Les espaces du métabolisme francilien peuvent être discrets (recycleries manipulant des produits qui auraient pu devenir des déchets) ou à l’inverse très visibles (immenses stations d’épuration, usines d’eau potable, dépôts pétroliers, carrières, installations de stockage). Ils sont parfois à vocation spécifique ou multi-activités. Si leur géographie est souvent figée par l’implantation ancienne de lieux clés des services urbains régionaux, elle évolue aussi du fait de la désindustrialisation et des évolutions économiques et réglementaires.
Un enjeu pour l’urbanisme et l’aménagement régional
Les enjeux du métabolisme territorial, de l’utilisation des ressources naturelles, des déchets produits et des émissions de gaz à effet de serre, interpellent la sphère de l’urbanisme et de l’aménagement. Leur compréhension est en effet cruciale pour accompagner la transition écologique de la région. Les prolongements apportés à ces premiers travaux sur les emprises et la géographie du métabolisme urbain permettront de mieux connaître la place et le rôle qu’occupent ces activités dans les territoires qui les accueillent (emplois, paysage, nuisances…), et de mieux saisir les enjeux de leur(s) mutation(s) (reconversions, diversification de fonctions, etc.).
• Martial Vialleix, urbaniste spécialiste de l’écologie urbaine & territoriale • L'Institut Paris Region
A retenir
L’Institut Paris Region a mené une étude visant à mieux apprécier la dimension spatiale du métabolisme francilien et à estimer le besoin d’espace pour gérer les flux d’énergie et de matières en Île-de-France. Ce travail analyse l’étendue et la diversité des surfaces et activités considérées comme fondamentales au fonctionnement quotidien de l’Île-de-France (eau, énergie, matériaux et déchets). Il aborde les questions suivantes : quelles activités « métaboliques » occupent le plus d’espace ? Sous quelles formes et où ? Que révèle cette géographie ? Dans quelle mesure la transition vers l’économie circulaire ou des territoires plus productifs questionne-t-elle ces espaces ?
Sommaire : Le mot de Fabien Guisseau, directeur général adjoint, développement économique et partenariats stratégiques, de Grand Paris Aménagement et directeur général de Terra Eco – Démarches et pratiques : La dimension spatiale du métabolisme francilien, Martial Vialleix, urbaniste spécialiste de l’écologie urbaine & territoriale, L’Institut Paris Region – Les indicateurs de qualité des sols, et leur appropriation par les politiques publiques, propos recueillis par Hélène Joinet, L’Institut Paris Region – Foncier / juridique : Les nouveautés introduites par la loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement du 26 novembre 2025, Source : Ministère de la Ville et du Logement.
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